Ils sont francophones, mais leur langage est universel. Leur art a une forte personnalité, est remarqué au-delà des frontières, et fait école.

Salut Canada vous présente quatre artistes visuels — sculpteur, sculpteuse, céramiste, architecte — de la francophonie canadienne qui marquent notre imaginaire depuis les années 1960. Connaissez-vous les Bélanger, Fafard, Foulem, Gaboury?!

Joe Fafard

Pourquoi devrait-on connaître Joe Fafard :

Pour la forte personnalité qu’il confère à ses vaches et à ses bisons. Josée Drouin-Brisebois, conservatrice au MBA du Canada, décrit efficacement le talentueux (et modeste) Joe Fafard : il a un «authentique sens de la personnalité». Actif pendant une cinquantaine d’années, amoureux du monde rural, il est devenu un grand nom de l’art populaire et de l’art contemporain au Canada et ailleurs.

L'artiste Joe Fafard produit des vaches figurative. L'une d'elle a illustré un timbre de Postes Canada, en 2012.

La sculpture «Doucement elle se retourna», une des nombreuses vaches de Joe Fafard, est devenue un timbre en 2012. (Groupe CNW/Postes Canada)

D’où vient-il :

L’artiste est né dans une famille d’agriculteurs à Sainte-Marthe, en Saskatchewan. Enfant, il faisait la traite sur la ferme familiale. «Je connais bien les vaches», disait-il dans un documentaire de l’ONF tourné en 1973. «J’en ai tiré des milliers.» En effet, son œuvre sent les Prairies!

Pourquoi on l’aime :

Ce grand Fransaskois (décédé en 2019) est surtout connu pour son art figuratif, comme ses chevaux et ses vaches, bœufs et bisons de céramique et de bronze qu’on trouve partout au pays et ailleurs. Il a aussi fait des portraits — parfois satiriques — de personnages publics (Pablo Picasso, John Difenbaker, David Suzuki).

Pour mieux le connaître :

L’Encyclopédie canadienne lui consacre un article. Salut Canada en parle dans son article sur la communauté fransaskoise. Aussi, ses proches lui ont dédié un site, le JoeFafard.com. Et il y a le film de l’ONF!

Où voir son œuvre :

Les Chevaux au galop courent sur la rue Sussex à Ottawa, les sept vaches grandeur nature du Pâturage paissent au Centre TD de Toronto. Entre chien et loup est aménagé au Jardin de Sculptures de la Maison des artistes de Saint-Boniface (Winnipeg).

On découvre l’art de Joe Fafard partout au pays : à la Slate Fine Art Gallery (gérée par sa fille Gina Fafard) et à la MacKenzie Art Gallery de Regina, aux musées des beaux-arts de Vancouver, d’Edmonton et de Winnipeg. Ajoutons les musées des beaux-arts à Ottawa, à Toronto (l’AGO), à Hamilton et à Montréal. Là, la vache Claudia regarde les passants, avenue du Musée. Sachez que cette liste est loin d’être exhaustive! Il y en a bien d’autres sculptures de Joe Fafard en extérieur.

Léopold L. Foulem

Pourquoi devrait-on le connaître :

Ce céramiste bien-aimé de Caraquet est un croisement entre Elton John et Michel Tremblay, selon la cinéaste Renée Blanchar, qui prépare le film Lettre d’amour à Léopold L. Foulem. C’est «une des figures les plus importantes de la céramique conceptuelle au monde», selon l’Encyclopédie canadienne.

 

D’où vient-il :

Léopold L. Foulem vient de Caraquet, au Nouveau-Brunswick. Il passe d’ailleurs ses étés à la Maison qui porte son nom, où il n’y a ni eau courante ni électricité. C’est son repaire de création. Autrefois, il tenait une boutique cadeau et a fasciné bien des enfants qui se plaisaient à fréquenter l’endroit!

Pourquoi on l’aime :

Il fait réagir avec son pop art et son kitsch! Il joue avec des objets fonctionnels, des objets du quotidien ou des objets trouvés, qu’il rend parfois dysfonctionnels — comme des crémiers en mailles. Il conteste, met en scène Mickey Mouse comme le Père Noël. Comme l’écrivait Paul Bennett dans Le Devoir en 2013, Léopold L. Foulem est «drôle, dérangeant, intrigant, singulier, délirant, coloré», un «intellectuel érudit et polémiste autant qu’artiste». «La céramique selon Léopold L. Foulem est décomplexée, déroutante, provocatrice, à mille lieues des idées reçues.» Foulem n’a pas que conquis les enfants devenus grands de Caraquet, de grands musées ont aussi craqué pour son art.

Pour mieux le connaître :

L’Encyclopédie canadienne lui consacre un article. Le site du Musée des beaux-arts du Québec présente quelques-unes de ses œuvres. Viendra le film de Renée Blanchar!

Où voir son œuvre :

Le Nouveau-Brunswick met de l’avant le travail du céramiste à son Musée des beaux-arts Beaverbrook de Fredericton. À Dieppe, la Galerie ART-ARTISTE le fait aussi. Il faut voir du côté du Musée acadien de Caraquet, ouvert de juin à septembre. Ailleurs au pays, plusieurs grands musées ont dans leur collection les céramiques de Léopold L. Foulem : le Musée national des beaux-arts du Québec, le Musée des beaux-arts de Montréal, le musée de la céramique Gardiner de Toronto et le Musée des beaux-arts de Winnipeg. Rendez-vous à Saint-Jean-sur-Richelieu, au Musée du Haut-Richelieu, pour voir la rétrospective «Léopold L. Foulem et les objets trouvés. Un demi-siècle d’hétérodoxies céramiques», présentée jusqu’au 26 février 2023.

Rose-Aimée Bélanger

Pourquoi devrait-on la connaître :

Rose-Aimée Bélanger a un parcours vraiment hors de l’ordinaire. L’artiste — qui a aujourd’hui 99 ans — a fréquenté l’École des beaux-arts de Montréal au début des années 1940. Mais il aura fallu attendre que sa famille (nombreuse) soit élevée pour qu’elle se remette à la sculpture. À cette époque, la Coopérative des artistes du Nouvel-Ontario s’installe près de la maison familiale sous l’impulsion d’un de ses fils.

Plusieurs œuvres de Rose-Aimée Bélanger sont exposées dans une galerie. Ce sont surtout des personnages, solitaires, qui passent le temps en cueillant des petits fruits, en fumant une cigarette...

Une rétrospective de l’œuvre de Rose-Aimée Bélanger a été présentée au Musée du Bronze d’Inverness, au Québec, en 2020. Photo : Musée du Bronze

D’où vient-elle :

Née au Témiscamingue, du côté québécois, Rose-Aimée Bélanger a passé sa vie adulte du côté ontarien. Jusqu’à tout récemment, elle habitait sa maison-atelier à Earlton. «Vivre dans le nord de l’Ontario a permis à mon œuvre d’évoluer en ses propres termes», a-t-elle confié à la Temiskaming Art Gallery.

Pourquoi on l’aime :

Rose-Aimée Bélanger aime représenter le quotidien et ses petits bonheurs — liseuses, couple amoureux, gourmande au chocolat ou aux bleuets, femme à la balançoire… Alors qu’elle faisait des personnages filiformes, dans les années 1970, elle a adopté les rondes dès les années 1980. Ses personnages sont à la fois expressifs et sensuels. «Je peux mettre de la tendresse dedans», a-t-elle confié à sa petite-fille dans un reportage.

Pour mieux la connaître :

En 2006, Marie-Pierre Bélanger lui a consacré un reportage, L’Univers de Rose-Aimée Bélanger artiste sculpteure, toujours sur YouTube. Les Éditions Prise de parole ont publié récemment la biographie Rose-Aimée Bélanger. À l’ombre des chuchoteuses, signée Danielle Carrière-Paris. Une rétrospective au Musée d’art de Rouyn-Noranda a fait l’objet d’un reportage chez ICI Ontario.

Où voir son œuvre :

Les plus célèbres sculptures de Rose-Aimée Bélanger sont peut-être Les chuchoteuses du Vieux-Montréal, rue Saint-Paul Ouest, ou Les liseuses du 500 Grande-Allée Est, à Québec. D’autres chuchoteuses se trouvent au Lac-Brome, au Québec. Dans le Témiscamingue ontarien, ses rondes sont en vedette à la Temiskaming Art Gallery de Haileybury et au Laura’s Arte Shoppe de Cobalt; au Manitoba, à la Gallery in the Park à Altona. Plusieurs galeries d’art ont adopté l’artiste, comme la galerie d’art Sylvain Fortin au Château Frontenac. Jusqu’au 15 janvier 2023, le Musée d’art de Rouyn-Noranda présente une rétrospective de son œuvre.

Étienne Gaboury

Pourquoi devrait-on le connaître :

Parce que c’est l’un des plus grands architectes de l’histoire canadienne, rien de moins! Étienne Gaboury a participé à consolider la réputation de l’architecture canadienne sur le plan international, selon l’historien Sébastien Couvrette. Après tout, il a construit une cathédrale dès le début de sa carrière. Et aujourd’hui, Winnipeg porte son œuvre.

L’Esplanade Riel, une création d’Étienne Gaboury, se dresse à la Fourche des rivières Assiniboine et Rouge. Photo : Enviro Photo/Travel Manitoba

D’où vient-il :

Étienne Gaboury est né en 1930 dans la région de Swan Lake, à 160 km à l’ouest de Winnipeg, au Manitoba. Outre un séjour d’un an à Paris (où il a découvert l’architecte et urbaniste Le Corbusier), il a adopté Winnipeg. Et Winnipeg l’a adopté! À noter : Métis, il est un parent lointain de Louis Riel.

Pourquoi on l’aime :

On le surnomme l’artiste-architecte, le père des emblèmes manitobains ou le plus grand architecte du Manitoba. La lumière (par le verre ou le vitrail) est au cœur de ses projets, comme le vertical, et ça a une touche spirituelle. Ses lignes épurées se veulent métaphoriques. C’est beau, c’est grand, c’est nature. Les bâtiments sont harmonieux dans leur environnement, naturel comme humain; ils portent l’identité manitobaine, franco-manitobaine et métisse.

Pour mieux le connaître :

L’Encyclopédie du patrimoine culturel de l’Amérique française et l’Encyclopédie canadienne lui consacrent chacun un article. En vidéo, l’émission Second regard de Radio-Canada a présenté un reportage d’une dizaine de minutes sur la spiritualité qui empreint les fruits de son travail. À noter, aussi, le film Étienne Gaboury, architecte, réalisé par Harvey Spak et produit par l’Office national du film du Canada, a été primé à Cannes en 1999. Il est offert sur abonnement sur le site de l’ONF.

L’ossature de la cathédrale de Saint-Boniface a résisté à un incendie, en 1968. Elle se dresse encore aujourd’hui et abrite une nouvelle cathédrale, œuvre d’Étienne Gaboury. Photo : Mahesh Gupta sur Unsplash

Où voir son œuvre :

À Winnipeg, on côtoie Étienne Gaboury au quotidien, bien qu’il soit décédé en octobre 2022. Ici, il a signé tour à tour l’église du Précieux-Sang (1968) qui spirale vers le ciel, la nouvelle cathédrale de Saint-Boniface (1972), le Centre culturel franco-manitobain (1974), la Monnaie royale canadienne (1975). En 2004, il pense le célèbre pont Provencher (avec une longue muraille qui raconte l’histoire de la région) et l’Esplanade Riel. Aussi à la liste de ses réalisations : le centre d’accueil de Lower Fort Garry (1979), des églises, des écoles, des bibliothèques, des casernes de pompiers, des hôpitaux et autres centres de soins, des résidences. De plus, il a rendu hommage à l’autrice manitobaine Gabrielle Roy, dans un parcours à Saint-Boniface.

Ailleurs au pays, il a veillé à la revitalisation de la rue Sparks d’Ottawa (1969) et dessiné l’administration générale des sœurs grises de Montréal (1968). Si vous allez à Mexico, sachez que c’est lui qui a connu l’ambassade canadienne.

 

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Le talent de Rose-Aimée Bélanger, de Joe Fafard, de Léopold L. Foulem et d’Étienne Gaboury est impressionnant. Ce qu’on aime, aussi, c’est qu’ils embrassent complètement leur identitié franco tout en rayonnant au plan international.

Et vous, qui ajouteriez-vous à la liste?

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